Décryptage d’un court-métrage animé cyberpunk : comment construire un court-métrage animé, étape par étape (première partie)


Bienvenue dans ce décryptage de court-métrage animé cyberpunk, où je vous emmène à travers tout mon processus créatif et technique, du concept jusqu’au rendu final.

L’idée

Un homme assis dans un bar de rue, discutant avec la barmaid. Tout autour, des bâtiments détruits, des gravats au sol, des pièces mécaniques éparpillées sur la route. Une scène cyberpunk typique.

Le design

Le design s’appuie sur de multiples références issues de mangas, de films, et sur un mélange de technologies anciennes et modernes, souvent rafistolées. Des câbles partout. De multiples climatiseurs à cause des conditions météo extrêmes. De la vapeur qui s’échappe du sol. Et des néons, colorés bien sûr.

L’histoire

L’homme, assis calmement au bar, est recherché mort ou vif, avec une forte récompense sur sa tête. Plusieurs écrans TV diffusent son portrait dans la rue, mais il ne semble pas y prêter attention. Son crâne rasé et sa posture confiante parlent d’eux-mêmes.

Que va-t-il se passer ensuite ?

Le pipeline technique derrière ce court-métrage animé cyberpunk

Le bar modélisé dans Modo

Tout est du modeling hard-surface, abordé avec un esprit architectural pour que le personnage puisse évoluer naturellement dans son bar. Il y a des étagères pour les bouteilles, un plan de travail pour la machine à café, un emplacement pour un gros frigo — tout doit sembler fonctionnel, comme si l’endroit était réellement utilisé au quotidien.

Vient ensuite la couche cyberpunk : des climatiseurs fixés sur la façade, des câbles qui courent partout, des tuyaux rafistolés et des technologies dépareillées récupérées au fil des années. Ce mélange d’architecture pratique et de technologie improvisée donne à l’environnement son caractère vécu et crédible — un lieu façonné par la nécessité, et non par le design.

Travailler dans Modo a permis un contrôle précis de la modélisation, notamment pour les détails mécaniques comme les grilles d’aération, les panneaux et le cheminement des câbles, tout en gardant une topologie propre pour le texturing ultérieur dans Houdini.

Personnages créés et posés dans Character Creator 4

Les personnages principaux devaient correspondre à l’univers cyberpunk à travers leurs vêtements et tatouages — pas nécessairement à travers des améliorations cybernétiques visibles, que j’ai choisi de ne pas montrer dans cette scène.

Character Creator 4 a permis de créer rapidement un look distinctif : couleurs de cheveux vives, tatouages faciaux d’inspiration technologique, tenues en similicuir brillant — tous des codes typiques de l’esthétique cyberpunk. Le motif du tatouage, semblable à un circuit imprimé, suggère un lien caché avec la technologie, sans révéler pleinement la nature augmentée du personnage — laissant place à la narration et au mystère.

Cette flexibilité accélère aussi le processus d’itération : ajuster les coiffures, les teintes de peau ou les détails des tenues ne prend que quelques minutes, ce qui me laisse plus de temps pour me concentrer sur les poses et les expressions afin de donner vie à la personnalité du personnage.

Gravats et bâtiments détruits ; créés dans Houdini

L’environnement doit raconter l’histoire du monde dans lequel vivent les personnages. Dans ce cas, de nombreux bâtiments détruits, endommagés par des années de conflits et la puissance toujours croissante des armes.

En utilisant les outils procéduraux de Houdini, j’ai construit un système de destruction pour fracturer les bâtiments et disperser les débris naturellement sur le sol. Des roches, des dalles de béton brisées et des gravats ont été générés et distribués via du scattering et un placement basé sur la physique, donnant à la scène un rendu brut et chaotique tout en gardant un contrôle total sur la composition.

Cette approche procédurale permet également une itération rapide : ajuster la densité, la taille ou le motif de dispersion des débris ne prend que quelques secondes, sans avoir à placer manuellement chaque élément.

Ajouter des textures animées pour renforcer la narration

Utiliser des textures animées comme celle-ci — montrant le personnage principal comme un criminel recherché lors d’un flash info — aide à faire avancer l’histoire et donne vie à l’environnement, surtout combiné à des mouvements de caméra lents qui laissent le spectateur s’immerger dans l’univers.

L’écran affiche une fausse chaîne d’information, « YGNN », annonçant une prime sur la tête du personnage, avec du texte en japonais et en anglais, un montant de récompense affiché et des avertissements concernant ses implants de combat illégaux. Ce type de narration environnementale permet au spectateur de reconstituer le contexte du monde — médias corporatistes, chasse aux primes, criminalité cybernétique — sans une seule ligne de dialogue.

Techniquement, ces écrans animés sont de simples textures en boucle, rendues séparément puis appliquées sur des surfaces émissives dans Houdini, ajoutant du mouvement et une profondeur narrative à un arrière-plan autrement statique.

La suite arrive bientôt.

Maciej Frołow

Illustrateur et animateur 3D basé à Aix-en-Provence. Spécialisé en visualisation médicale, scientifique et technique pour la publicité, l'édition et la communication scientifique. 30 ans d'expérience auprès de clients internationaux — Scientific American, The Washington Post, The Wall Street Journal, Nike, Dior, Sony. maciejfrolow.com